Expressionnisme
1905 – 1930
1905 – 1930
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L'Expressionnisme désigne le grand courant pictural qui s'épanouit principalement en Allemagne et en Autriche entre 1905 et 1930, même si son acte de naissance symbolique remonte à Le Cri d'Edvard Munch (1893). Là où l'impressionnisme cherchait à fixer la sensation d'un instant lumineux, l'expressionnisme cherche à rendre visible l'état intérieur — l'angoisse, la peur, le désir, l'effroi — par les moyens propres de la peinture : couleurs stridentes, lignes tordues, déformations expressives, perspectives instables.
Le mot lui-même apparaît en 1911 dans la revue Der Sturm d'Herwarth Walden, par opposition à l'impressionnisme. L'enjeu est clair : ne plus peindre ce qu'on voit, mais ce qu'on éprouve devant ce qu'on voit.
Le mouvement germanique a son père spirituel à Oslo : Edvard Munch (1863-1944). Avec Le Cri (1893), Madone (1894), La Danse de la vie (1900), Munch invente déjà tout le vocabulaire expressionniste — visages déformés par l'angoisse, ciels en spirale, couleurs antinaturalistes au service d'une intensité psychique. James Ensor, à Bruxelles, et Vincent van Gogh, posthume, exercent une influence parallèle.
À Paris, le fauvisme de Matisse et Derain (1905) libère la couleur en parallèle ; les peintres allemands qui visitent Paris vers 1906-1908 en absorbent les leçons et les radicalisent.
À Dresde, en juin 1905, quatre jeunes étudiants en architecture — Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff, Fritz Bleyl — fondent Die Brücke (Le Pont). Le manifeste, gravé sur bois, appelle à « établir un pont vers l'avenir » et à secouer la société wilhelmienne par un art neuf, populaire, vital.
Les peintres de Brücke peignent la vie urbaine berlinoise, les nus dans la nature, les scènes de cabaret avec des couleurs explosives et des figures anguleuses. Ils renouvellent surtout la gravure sur bois dans une esthétique brute, expressive, inspirée des estampes africaines et océaniennes.
À Munich, en 1911, Wassily Kandinsky et Franz Marc fondent Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu) — second foyer expressionniste, plus intellectuel et plus spirituel. Avec Paul Klee, August Macke, Gabriele Münter, Alexej von Jawlensky, ils explorent une voie où la couleur n'exprime plus seulement l'angoisse mais la résonance spirituelle des choses.
Kandinsky publie en 1912 Du Spirituel dans l'art, manifeste fondateur de l'abstraction. Le Cavalier Bleu marque ainsi la transition entre expressionnisme figuratif et abstraction lyrique — Kandinsky franchit le seuil dès 1910 avec ses premières aquarelles non-objectives.
Vienne offre une troisième variante. Plus érotique, plus introspective, l'expressionnisme viennois s'incarne en trois figures : Egon Schiele (1890-1918), dont les nus convulsifs et les autoportraits décharnés explorent la sexualité et la mort ; Oskar Kokoschka (1886-1980), dont les portraits psychologiques décortiquent l'âme bourgeoise ; et Gustav Klimt, à la frontière de l'art nouveau et de l'expressionnisme.
L'expressionnisme s'éteint en deux temps. La Première Guerre mondiale tue Macke (1914) et Marc (1916), traumatise Kirchner et Kokoschka. Puis la prise du pouvoir nazie en 1933 le condamne définitivement : déclaré Entartete Kunst (« art dégénéré »), il est exposé en 1937 dans une exposition pour le ridiculiser. Beaucoup de peintres émigrent (Kokoschka, Beckmann), d'autres se suicident (Kirchner, 1938).
L'héritage est pourtant majeur. L'expressionnisme prépare le néo-expressionnisme allemand des années 1980 (Baselitz, Kiefer), nourrit l'expressionnisme abstrait américain via les émigrés Hofmann et Albers, et reste la matrice de toute peinture qui privilégie l'intensité émotionnelle sur la fidélité visuelle.
L'expressionnisme s'étend approximativement de 1905 à 1930, avec un point de départ à la fondation de Die Brücke à Dresde en 1905 et une extinction progressive après 1933 lorsque le régime nazi le condamne comme « art dégénéré ».
Les figures essentielles sont Edvard Munch (précurseur), Ernst Ludwig Kirchner et le groupe Die Brücke, Wassily Kandinsky et Franz Marc du Blaue Reiter, Egon Schiele et Oskar Kokoschka à Vienne, ainsi que Emil Nolde et Max Beckmann.
Die Brücke (Dresde, 1905-1913) est plus brut, plus charnel, plus social — couleurs violentes, gravure sur bois, scènes urbaines. Der Blaue Reiter (Munich, 1911-1914) est plus intellectuel et spirituel, ouvre la voie à l'abstraction avec Kandinsky et Marc.
En 1937, le régime nazi organise l'exposition Entartete Kunst à Munich pour ridiculiser l'art moderne. L'expressionnisme — accusé d'être « juif », « bolchévique », « décadent » — est confisqué dans les musées allemands, brûlé ou vendu à l'étranger. De nombreux peintres sont contraints à l'exil ou au silence.
Le fauvisme français privilégie la joie chromatique et l'harmonie. L'expressionnisme allemand hérite de la couleur libérée mais y ajoute une angoisse existentielle, une critique sociale et une déformation expressive plus radicale.